Prévisions de marché
Retour sur les prévisions des stratèges et analystes en début d'année — et ce qui s'est réellement passé. Une leçon sur les limites de l'exercice.
En janvier 2007, après deux excellentes années boursières, le consensus des stratèges est prudemment optimiste. La plupart voient le CAC 40 progresser de 5 à 10 % sur l'année. Aucun ne prévoit ce qui va se passer au second semestre.
Les grandes banques et sociétés de gestion publient chaque début d'année leurs prévisions pour les marchés. En janvier 2007, voici ce qu'elles anticipent pour les principaux indices et classes d'actifs.
La majorité des stratèges voient le CAC 40 atteindre 5 800 à 6 200 points d'ici fin 2007, portée par la croissance des bénéfices et des valorisations encore raisonnables. L'indice terminera finalement l'année à 5 614 — la prévision était trop optimiste mais pas dans le mauvais sens.
Partiellement justeLes banques affichent des bilans solides, des ROE élevés, des dividendes en hausse. BNP Paribas, Société Générale font partie des valeurs les plus recommandées par les analystes en janvier 2007. Personne ne voit encore la crise des subprimes qui va les dévaster au second semestre.
Complètement ratéLe baril devrait rester au-dessus de 60 $, les métaux continuer leur hausse portés par la demande chinoise. Cette prévision s'avérera correcte — le pétrole atteindra 100 $ fin 2007 pour la première fois de l'histoire.
CorrectAprès leur mini-krach de mai-juin 2006 et leur rebond spectaculaire, les émergents (BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine) sont vus comme le moteur de croissance de la décennie. La Chine prépare ses Jeux Olympiques de 2008. L'enthousiasme est au maximum.
Correct pour 2007Cette citation résume parfaitement l'aveuglement collectif de début 2007. En août, BNP Paribas suspend trois fonds exposés aux subprimes — l'événement qui marque symboliquement le début de la crise financière mondiale. En décembre, le CAC termine à 5 614, en légère hausse sur l'année — mais le second semestre a déjà montré sa vraie nature, préfigurant le krach de 2008.
Les économistes et stratèges ratent systématiquement les grands retournements — non par incompétence, mais parce que leurs modèles sont calibrés sur le passé récent. En janvier 2007, après deux années de hausse, leurs modèles voient une poursuite de la tendance. Les risques systémiques non-linéaires — comme une crise bancaire mondiale — ne rentrent pas dans des équations linéaires. Philip Tetlock a montré dans ses recherches que les experts font des prévisions à peine meilleures que le hasard sur les événements importants. C'est pour ça qu'un investisseur avisé ne gère pas son portefeuille sur la base de prévisions macro, mais sur la qualité des entreprises qu'il détient.
Quand tout le monde est d'accord sur une prévision, le marché l'a souvent déjà intégrée dans les cours. Les grandes opportunités naissent des situations où le consensus se trompe.
Les "cygnes noirs" (événements rares et imprévisibles à fort impact) échappent par définition aux modèles. Mieux vaut construire un portefeuille résilient que de chercher à tout prévoir.
Un investisseur qui détenait les meilleures entreprises françaises en 2007 et n'a pas vendu dans la panique de 2008 a finalement bien performé sur 5-10 ans. La qualité des actifs efface les erreurs de timing.
Les marchés du crédit (spreads obligataires, conditions de refinancement) détectent souvent les risques systémiques avant les marchés actions. Les surveiller régulièrement est une pratique de l'investisseur averti.
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